On est parti pour une longue saga sur l’un de mes groupes fétiches, à savoir Depeche Mode. Je ne commenterai peut-être pas tous les disques, tellement ils sont nombreux, mais j’espère au moins vous donner l’envie de découvrir un peu plus leur discographie.
En 1977, trois copains d’école fondent le groupe Composition of Sound. Il s’agit de Vince Clarke, Martin Gore et Andrew Fletcher. Tous les 3 au synthé, instrument qui commence à peine à se démocratiser, ils donnent de petits concerts. Le souci, c’est qu’il manque un chanteur. Après le passage d’une audition, c’est finalement Dave Gahan qui va l’emporter. Et c’est ce dernier qui propose un nouveau nom pour le groupe, tiré de la revue française, à savoir Depeche Mode.
Il ne leur manque maintenant plus qu’un label. Stevo, patron de Some Bizzare et Daniel Miller qui vient de créer Mute Records, sont intéressés par ce groupe en devenir. Finalement, Stevo va signer Soft Cell, tandis que Miller conclue un contrat avec Depeche Mode. Vient donc le temps du premier album.
I – Les albums
C’est en 1981 que paraît « Speak and spell », en rapport avec le jouet du même nom, qui était une dictée électronique portable. Vince Clarke est le compositeur à la fois des textes et de la musique. C’est un disque parfaitement inscrit dans son époque, très électronique. La vague punk est déjà oubliée en Angleterre, et le groupe rencontre un certain succès. Les chansons, simples, aux mélodies accrocheuses, s’adressent aux adolescents, tels les hits « New life » et « Just can’t get enough ».

En 1982, alors que tout paraît sourire au groupe, Vince Clarke décide de le quitter pour créer Yazoo avec Alison Moyet. Martin Gore, plus motivé que jamais, va devenir par obligation le nouveau compositeur, non sans quelques lacunes. « A broken frame » voit le jour, et reste ce qui est pour moi l’album le plus faible du groupe, même s’il est de bonne tenue. « Leave in silence », notamment, est un excellent titre.

Le synclavier débarque en 1983 dans les studios d’enregistrement, et plus particulièrement à Berlin, chez Hansa. Il permet de jouer des sons pré-enregistrés. C’est l’occasion pour le groupe de créer leurs propres sons, aux sonorités industrielles, en expérimentant toutes sortes de bruitages. Cet album signe aussi l’arrivée d’Alan Wilder à la composition pour 2 titres instrumentaux.
Gareth Jones participe à la production : « On voulait tous découvrir de nouveaux univers sonores et donner une impression de profondeur, d’ampleur et de tranchant aux morceaux et à la musique ».
L’album est excellent, novateur, et contient l’incontournable « Everything counts ».
Le poster inclus dans l’édition allemande :


Depeche Mode, très prolifique comme beaucoup d’autres groupes de ces années là, sort son 4ème album en 1984. Intitulé « Some great reward », il continue à mettre l’accent sur les sons industriels, mais sait se faire cajoleur grâce à un titre comme « Somebody », chanté par Martin Gore. C’est le disque des grands succès internationaux que sont « People are people » et « Master and servant ».
C’est pour ma part, le tout premier disque que je me souviens d’acheter, d’occasion, avec mon argent de poche, pour la modique somme de 10 F.
L’édition couleur allemande de « Some great reward » :

C’est en 1986 que paraît l’un des albums des plus sombres de la carrière de DM, j’ai nommé « Black celebration ». Les textes sont un poil plus politisés, à l’image de « New dress », qui critique Lady Di davantage passionnée par sa garde-robe, que par les problèmes sociaux.
L’album est cependant accouché dans la douleur, Alan Wilder commençant à prendre du galon, remisant le travail de production jusqu’alors dédié à Daniel Miller. Alan Wilder : « Je pense vraiment que l’impression de claustrophobie qui émane de l’album était sans doute due à ces tensions. »
La pochette ouvrante de l’édition italienne de « Black celebration » :


Depeche Mode continue sur sa lancée, crescendo, avec la sortie en 1987 du superbe « Music for the masses ». Le titre est un contrepied à l’industrie du disque, puisque le groupe n’a jamais considéré sa musique comme très populaire. Martin Gore : « C’est une blague, je pense que notre musique ne parvient jamais au grand public, il n’y a que les fans pour acheter ce que l’on fait ». Il va plutôt se tromper, car l’album sera un réel succès.
Produit par David Bascombe (Tears for fears, It’s immaterial…) et enregistré partiellement à Paris, ce nouvel opus nous offre des tubes tels que « Strangelove » ou encore le désormais incontournable « Never let me down again ».
L’édition couleur allemande :

Suite au succès de « Music for the masses », il s’ensuit une énorme tournée de 101 dates, dont la dernière a lieu à Pasadena, au Rose Bowl, le 18 juin 1988. Le concert est filmé pour l’occasion par Donn Alan Pennebaker, celui-là même qui avait mis en images Bob Dylan et David Bowie. L’album du concert, « 101 », a énormément tourné chez moi, car il s’agit d’un véritable best of.
La pochette ouvrante de « 101 » :

Quelques pages du livret inclus dans « 101 » :



En 1990, paraît ce qui est pour moi et de nombreux fans, leur chef-d’oeuvre : Violator. Tous les titres s’alignent parfaitement dans une ambiance sombre et profonde. Le travail d’orfèvre concernant la production, confiée à Flood qui a déjà travaillé avec The Sound, Marc Almond et New Order, entre autres, fait recette. Le mid tempo de l’album, aux sonorités pas toutes électroniques grâce à l’introduction de la guitare, vous enveloppe du premier titre, l’éclatant « World in my eyes », jusqu’au dernier, le magnifique et froid « Clean », avec son apogée qu’est « Personal Jesus ». La pochette, sublime, est signée par le photographe hollandais Anton Corbijn.

Après le succès triomphal de Violator et sa tournée, il faut attendre 3 ans avant que sorte le nouvel opus, « Songs of faith and devotion », produit une nouvelle fois par Flood. Et ça n’a pas été chose facile, entre les problèmes de drogue pour Dave, d’alcool pour Martin, et de dépression pour Andrew. Alan maintient encore la barque à flot, mais pour combien de temps ?
L’album change radicalement du précédent, plus rock avec sa guitare mise en avant dans « I feel you », mais tend aussi vers le gospel grâce à des titres tels que « Get right with me » ou « Mercy in you ».

On reste en 1993 pour la sortie du deuxième album live du groupe. Intitulé sobrement « Songs of faith and devotion live », il se contente de reprendre les 10 titres de l’album, dans le même ordre, mais en live. C’est plutôt déconcertant et forcément très inférieur à « 101 ». C’est le dernier live officiel qui sort en vinyl.
« Ultra » sort en 1997 et marque le départ d’Alan Wilder.
Alan Wilder : « Il suffit de dire que nos relations sont devenues extrêmement tendues, de plus en plus frustrantes et en définitive, dans certaines situations, intolérables ».
Alan va continuer de composer sous le nom de « Recoil ». Et si vous aimez l’électro, je vous invite à jeter une oreille, son travail est brillant.
A la production, c’est Tim Simenon, le leader de « Bomb the bass », déjà auteur de remixes pour le groupe, qui s’y colle. Les choses ne s’arrangent pas pour Dave, qui va faire un arrêt cardiaque suite à la prise de drogues journalières. « Ultra » est malgré le fait que le groupe va à vau-l’eau, un bon album, dont je retiens les meilleurs titres « It’s no good » et « Barrel of the gun ».

Quelques années passent, salutaires pour l’ensemble du groupe. On est désormais en 2001, l’année de parution de leur nouvel album : « Exciter ». Et on retrouve un Dave enfin clean.
Dave Gahan : « Je n’en pouvais plus de faire du mal à tous ceux qui m’entouraient. Je ne voulais pas perdre mon fils… qu’il grandisse en se demandant pourquoi son père s’était tué. »
C’est un album plus calme, moins torturé que le précédent. Ca a désarçonné quelques fans à l’époque, mais personnellement, je trouve que c’est un album mature, qui représente parfaitement le renouveau du groupe. C’est Mark Bell, déjà producteur pour Bjork notamment, qui a la lourde tâche de produire « Exciter ». Et même si je n’aime pas les tics qu’il a, à savoir saupoudrer de cliquetis musicaux sans trop de parcimonie, les différentes chansons, je dois avouer que ça fait du bien de retrouver un groupe apaisé. Et au final, sa production colle bien à l’harmonie retrouvée de nos 3 lascars. Mon titre préféré est « The dead of night ».
We are the dead of night
We’re in the zombie room
We’re twilight’s parasites
With self-inflicted wounds
We are the dead of night
We’re in the zombie room
Heavenly oversights
Eating from silver spoons
La pochette ouvrante d’Exciter :


2005, c’est l’année de sortie du nouvel opus, à savoir « Playing the angel ». Les textes parlent majoritairement de douleur, qu’elle soit physique ou psychique. Beaucoup moins lisse dans ses textes et sa conception par rapport à Exciter, le disque est produit par Ben Hillier (Suede, Blur, Marianne Faithfull…). C’est le tout premier album qui comprend des textes écrits par Dave.
La pochette ouvrante de « Playing the angel » :

« Sounds of the universe » voit le jour en 2009. Toujours produit par Ben Hillier, que je trouve assez fade, il présente quelques pépites tel « Wrong » qui en sera le premier single à sortir. Une version dite « deluxe » paraît en coffret CD : elle comprend 5 titres supplémentaires ainsi que des démos d’anciennes chansons. Si le titre de l’album présente de l’ambition, la musique qu’il offre, est quant à elle beaucoup plus convenue.
Dave Gahan : « Dans le contexte de notre production, c’est probablement l’un des disques les plus disciplinés que nous ayons sortis. Martin et moi nous sommes simplement présentés au travail tous les jours, tous les deux très concentrés ».
La pochette ouvrante de « Sounds of the universe » :


En 2013, paraît « Delta machine », encore et toujours produit par Ben Hillier. D’approche plus minimaliste, l’album tend vers le blues électronique, à l’image du titre « Slow ».
Martin Gore : « J’ai toujours été intéressé par des éléments de spiritualité. Et c’est bien d’essayer de capturer une essence de cette spiritualité dans la musique. Ça aide les gens à s’élever. D’ailleurs j’aimerais qu’à l’écoute de cet album les gens éprouvent un sentiment de paix. »
La pochette ouvrante de « Delta Machine » :

« Spirit » sort en 2017. Plus ancré dans l’évolution de la société que ses précédents, l’album veut dénoncer les lobbies et notre passivité. La production revient à James Ford qui a travaillé notamment avec Arctic monkeys, Blur et Pet Shop Boys. Personnellement, j’aime beaucoup le titre « You move ».
Dave Gahan : « Je ne dirais pas que c’est un album politique, parce que je n’écoute pas de la musique de façon partisane. Mais c’est clairement un album sur l’humanité et notre place sur Terre» »
La pochette ouvrante de « Spirit » :

L’édition vinyls couleur de « Spirit » avec sa 4ème face gravée :

C’est le 26 mai 2022, à l’âge de 60 ans, qu’Andrew Fletcher décède des suites d’une dissection aortique. S’il n’a jamais été mis en avant dans le groupe par ses compositions, il aura été souvent le ciment qui lie les autres membres. Il a été affectueusement surnommé par les fans, « Mr clap hand », car supposé applaudir plus que jouer sur son synthé lors des concerts.
Andrew Fletcher : « Martin est l’auteur-compositeur, Alan est le bon musicien, Dave est le chanteur, et moi je me balade ».
Son décès a marqué pour moi la fin de la collection de Depeche Mode. Le groupe était alors en train de travailler sur un nouvel album, qu’il va dédier à Andrew, sous le nom de « Memento mori ».
