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Hommage à Adrian Borland

The Sound : les albums

Voilà bientôt 25 ans qu’Adrian Borland, leader et chanteur du groupe anglais The Sound, nous a quitté. Après des années de dépression, avoir déjà tenté 3 fois de se suicider, le 26 avril 1999, il se jette sous un train. Il décède à l’âge de 41 ans.

Adrian Borland naît le 6 décembre 1957 à Londres. En 1977, propulsé par la vague punk, il fonde le groupe The Outsiders, qui ne dure que 2 ans, mais lui donne quand même l’occasion de jouer pour la première partie d’un concert d’Iggy Pop. En 1979, en compagnie de Graham Green à la basse, Bi Marshall au synthé et Michael Dudley à la batterie, il fonde le groupe « The Sound ».

I – Les albums

« Jeopardy » paraît en 1980, signé sur le label Korova. C’est un excellent premier album, parfois assez minimaliste dans son approche musicale, qui met en valeur la voix chaude et profonde d’Adrian Borland. Les titres respirent laissant le chant alterner avec les parties mélodiques. Le disque n’aura malheureusement pas le succès qu’il mérite, et ce malgré d’excellentes critiques dans les magazines de l’époque.

Le Melody Maker : « Jeopardy a plus d’esprit, plus d’âme et plus d’honnêteté que tout autre disque que j’ai entendu cette année. »

Extrait de « Resistance » :

Pris dans le confort de mon piège
Où il est plus facile de mourir que de se battre
A moitié mort, mais j’espère qu’il n’est pas trop tard
Pour agir et changer mon destin


A droite, la réédition US de « From the lions mouth » :

La superbe pochette, qui reprend une peinture du 19ème siècle par Briton Rivière, abrite en son sein leur nouvel opus. On est en 1981, et le groupe évolue. Bi Marshall quitte le groupe, remplacée par Colvin Mayers, tandis que le nouveau producteur s’appelle Hugh Jones. Celui-ci est célèbre pour avoir produit nombre de groupes de l’époque : Simple Minds, The Teardrop explodes, Echo & The Bunnymen…

Du coup, le son de « From the lions mouth » évolue considérablement par rapport au premier album. Moins abrupte, les mélodies sont davantage travaillées, en harmonie avec la basse et la batterie. Le chant d’Adrian Borland s’en retrouve magnifié. Nouveau superbe album, mais qui une fois de plus ne rencontre pas le succès.

Les paroles, écrites par Adrian, sont depuis le premier album sombres et prémonitoires. The Sound a été comparé, à juste titre à mon avis, à Joy Division. Le mal être de son chanteur, les paroles morbides, la musique plutôt froide en sont des points communs.

Extrait de « Sense of purpose » :

Regarde moi dans les yeux
Voir le désir et l’amour
Regarde moi dans les yeux
Quand je te parle
Je vais me suicider
Entre mes propres mains

L’intérieur de la pochette ouvrante de « From the lions mouth » :

En 1982, WEA réclame un album plus commercial, ce qui déplaît au groupe, qui va s’empresser de produire un album anti-commercial, afin d’honorer leur contrat et quitter cette maison de disques. Aucun single ne sera extrait de ce nouvel album intitulé « All fall down ». Et effectivement, par rapport à « From the lions mouth », c’est une chute, mais pas tant que ça non plus. Ca reste largement écoutable, même si certains titres sont un peu dissonants, les paroles parfois simplistes, et la musique quelquefois basique. Mentions particulières au très bon « Monument » et au quasi industriel « Glass and smoke » avec sa guitare électrique acérée. Et il faut quand même signaler la participation de Flood à l’enregistrement, l’un des faiseurs du son des eighties.

En 1984, The Sound revient en pleine forme avec le EP « Shock of daylight ». Des arrangements soignés, des textes ciselés et pour certains optimistes (« Winter », le titre le plus sombre, fait presque tâche !), leur donnent l’occasion de faire un superbe retour.

2 albums paraissent l’année suivante. Il s’agit tout d’abord de « Heads and hearts », un disque sur lequel participe Gavin Mac Killop qui a notamment travaillé pour Simple Minds, Human League et PIL. L’album est plutôt calme, bien produit, mais il manque un peu de sel pour nous transporter,. On est un peu déçu après l’entrée de « Shock of daylight », le plat de résistance n’est pas à la hauteur.

C’est aussi en 1985 qu’Adrian va commencer à montrer de sévères troubles de dépression.

« In the hothouse » est un magnifique live, celui qui m’a fait découvrir le groupe. Extraits de 2 concerts donnés les 27 et 28 août 1985 au Marquee, à Londres, on va retrouver dessus un florilège de leurs titres, avec un groupe en grande forme et une excellente captation.

L’intérieur de la pochette ouvrante de « In the hothouse » :

1987 voit paraître leur dernier album. Ce clown funambule qui chute sur la pochette de « Thunder up » représente très certainement l’état d’esprit du groupe à ce moment là. Adrian est devenu alcoolique, schizophrène et de plus en plus dépressif. Il va même s’arrêter de chanter en plein milieu d’un concert, plantant là le groupe. Celui-ci va se séparer en 1988.

Les textes de « Thunder up » sont torturés, parfois difficilement compréhensibles, à l’image d’Alan. A l’inverse, la musique est plutôt légère à tendance pop. A défaut de titres phares, ça contribue à l’homogénéité de l’album, très agréable à l’écoute. Les titres calmes ou mid-tempo s’enchaînent à la perfection.

A gauche, le pressage suédois de « Thunder up » :

« Cold beat » est une compilation non officielle qui sort en Angleterre en 2009. Elle est intéressante à plus d’un titre, car elle comporte entre autres des morceaux de leur tout premier 45 tours de 1979 (145 € sur Discogs !) ainsi que des démos de studio de 1980. On se replonge avec envie et délectation dans l’éclosion d’un groupe qui ne trouvera jamais le succès escompté.

En 1999, sort l’album « Propaganda ».

La réédition de 2020 en vinyl transparent :

Un album à l’historique sûrement unique dans l’histoire musicale. Cet album qui ne paraît que 20 ans après sa conception en 1979, et sort le jour précis où Adrian va se suicider, est considéré comme le véritable premier album du groupe.

Un long texte, écrit par Adrian, est repris sur la sous-pochette. Il nous renseigne entre autres sur les conditions d’enregistrement : chez ses parents, dans le salon ! Avec son père qui gère dans la pièce d’à côté le TEAC. La prise de son est néanmoins excellente. Il y a dans chaque titre, même les plus courts, de la respiration, de l’espace pour la musique, et une voix déjà riche et posée. On peut aussi entendre de la clarinette et du saxophone, grâce à la présence de l’unique femme, Bi Marshall, même si l’ensemble reste très rock avec son trio basse, guitare, batterie . C’est de toute évidence une vraie réussite qui aurait mérité une édition à l’époque.

Ces bandes ne seront quand même pas vaines, puisqu’elles deviendront la porte d’entrée pour l’enregistrement chez Elephant Studios, de l’album « Jeopardy », en 1980.

Ci-dessous, la traduction de « No salvation », écrit en 1979 par Adrian Borland, extrait donc de « Propaganda » :

« Pas de salut »

Pas d’ange gardien sur moi
Juste une bombe nucléaire
Et je peux sentir le danger ici
Mais mon sentiment de peur a disparu
Le sang agité pompe mon cœur agité
Ce ne sera pas une nuit silencieuse
L’esprit du nouvel âge des ténèbres
Révélé par la lumière artificielle

Il n’y a pas de retour, c’est allé trop loin
Il n’y a plus de salut

Un monde têtu et en évolution rapide
Du XXe siècle
Je vois les victimes de son rythme
À la recherche d’un sanctuaire
Et trébuchant depuis l’église en ruine
J’essuie l’eau bénite de mon front
Je serai un martyr de ce monde moderne
Je ne veux pas de salut maintenant

En 2021, une superbe compilation d’extraits de concerts est à l’honneur. Intitulée « Will and testament », elle reprend des concerts donnés entre 1984 et 1987, en Hollande et en Allemagne. La dernière face nous offre à entendre des démos de studio datant de 1985. On ne boude pas son plaisir car le son est excellent.

La pochette est tout comme « From the lion’s mouth » de l’artiste peintre Briton Rivière.

A droite, le livret inclus dans le disque :


L’intérieur de la pochette ouvrante de « Will and testament » :

Le double vinyl couleur magenta :

Extrait du livret :

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