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Hommage à Alan Vega

Alan Vega : les albums

III – Les albums d’Alan Vega

C’est en 1980 qu’Alan Vega se lance dans une carrière solo, parallèlement à celle de Suicide. Il ne va que très peu changer la recette du groupe, si ce n’est qu’il y aura davantage de titres à consonance rockabilly, et qu’il abandonne le synthé. Son 1er album éponyme, minimaliste, avec Phil Hawk à la guitare, est écrit, chanté et produit par lui-même. Mention particulière à « Love cry », un blues lancinant, très Lynchien.

Alan Vega : « A une party, je rencontre une sorte d’Elvis Presley blond, un Texan du nom de Phil Hawk. Un guitariste, fan de Suicide. Il avait un très beau jeu, avec le twang country; c’était parti pour le disque que j’avais en tête. On s’est associés, j’ai écrit Juke box babe et bang ! Du jour au lendemain, j’étais occupé – beaucoup plus occupé que je ne le souhaitais. On me réclamait partout, en Europe, à New York, au Texas… »

L’année suivante, c’est déjà son 2ème album, intitulé « Collision drive ». C’est la suite logique du premier, avec des titres rock typés années 50, dont une reprise plus organique du « Ghost rider » de Suicide. Le tour de force sur ce disque, c’est « Viet vet », une chanson de plus de 12 minutes sur un vétéran du Vietnam face à la mort. La basse est lourde, la guitare oppressante, le chant d’Alan tortueux : une vraie réussite !

Alan Vega : « On me mettait du fric sous le nez en me disant « Allez, faut suivre, Alan, encore un hit. » J’ai donc engagé un groupe pour Collision drive, et voilà que je me retrouve comme un chef d’entreprise. C’était une bonne période sur le plan économique. J’avais enfin de l’argent régulièrement pour payer mon loyer, bouffer, nourrir ma petite amie… »

« Saturn strip » sort en 1983, avec Ric Ocasek au synthé, et ça change tout, pour le meilleur. Le titre d’ouverture, c’est « Saturn drive », certainement mon titre préféré d’Alan Vega. Du coup, les morceaux suivants font un peu pâlots. Mention spéciale à « Wipeout beat », très énergique. Un titre est en français, « Je t’adore », même si les paroles restent en anglais. Alan Vega a eu pas mal de succès en France, parfois davantage qu’aux USA.

A gauche, le pressage US de « Saturn strip » :

C’est en 1985 que paraît le 4ème album d’Alan Vega, « Just a million dreams ». Ric Ocasek ne joue que sur quelques titres, ceux qu’il produit. C’est un album tantôt rock, tantôt pop, avec par exemple un titre comme « Too late », et somme toute assez sage. On perd un peu la fougue et l’énergie des débuts, mais l’ensemble est de bonne facture.

En 1990, pour l’album « Deuce avenue », Alan Vega change de style, même si la recette est la même : voix sur synthé, mais en beaucoup plus expérimental. Il y a beaucoup de sons rajoutés, grâce à l’usage du sampler. Les boucles sonores rendent la musique souvent extrêmement répétitive, pas toujours pour le meilleur selon moi. Liz Lamere, la compagne d’Alan Vega commence aussi à apparaître aussi bien sur scène (elle joue de la batterie électronique), qu’au chant ou à l’écriture.

Alan Vega : « J’ai inventé la théorie du « No notes » à l’époque de Deuce Avenue. Le fait de trafiquer des boîtes à rythmes, de n’utiliser que des instruments percussifs produit une musique étrange qui contient à la fois toutes les notes et aucune. Il n’y a aucun instrument mélodique, pas de guitare, pas de cordes, rien. »

En 2018, tout ce qui est sorti à partir de 1990, va faire l’objet d’une belle réédition en double vinyls, pour la France, et numérotée. Normalement chaque édition est limitée à 1000 exemplaires, mais j’ai certains vinyls non numérotés…

« Power on to zero hour » sort en 1991 et prolonge l’expérience du précédent album. Beaucoup moins minimaliste, la musique se fait parfois un peu brouillonne à cause d’une flopée de sons rajoutés les uns sur les autres et qui ne sont pas toujours complémentaires. C’est par moments une écoute plutôt ardue.

Alan Vega : « Si tu me voyais en studio, tu verrais que je ne travaille pas du tout comme les autres musiciens. J’essaye des idées, je travaille la matière. C’est vrai que ça pourrait se comparer à un sculpteur en train de travailler la glaise ou à un peintre en train d’essayer de remplir sa toile. Si on prenait deux peintres d’école opposée – Mondrian et Pollock -, je serais plutôt de l’école Jackson Pollock, un expressionniste. Je laisse sortir tout ce que j’ai en moi, puis j’essaye de trouver une forme dans ce désordre. J’aime considérer ma musique comme un art visuel, j’espère qu’elle provoque des images chez l’auditeur. »

L’intérieur de la pochette de « Deuce avenue » (449/1000) :

L’intérieur de la pochette de « Power on to zero hour » :

Alan Vega n’est pas seulement un parolier, un interprète ou un compositeur, il est aussi, et ce depuis les années 70, plasticien et peintre. Tous les intérieurs de pochettes de ces rééditions vinyls reprennent ses oeuvres.

« New raceion » paraît en 1993. C’est un très bon album avec la voix d’Alan bien mise en avant, sur un mélange d’électro et de guitare électrique. Mentions particulières à l’entêtant « Viva the legs » sur un rythme rock suranné revisité, ainsi qu’à l’agresssif « Keep it alive’ avec la présence de Ric Ocasek.

Les rééditions de 2018 :

1995, c’est l’année de « Dujang prang », qui est justement le titre d’ouverture de l’album. Celui-ci est très bon, grâce à son rythme obsédant. Puis, on enchaîne sur le violent « Hammered », au son quasi industriel. C’est un album un peu plus difficile d’accès, mais qui reste bon.

Alan Vega : « En écrivant ce disque, j’ai adopté le procédé de l’écriture automatique chère aux surréalistes et je tâtonnais autour d’une sonorité : yang, ying, bang, slang… C’est un titre abstrait, comme les textes des morceaux : je ne les ai pas écrits dans un but réaliste, je recherchais plutôt des sonorités, un sens poétique. Dujang prang, c’est une sécrétion du chaos urbain, une bande-son de la nuit new-yorkaise. »

L’intérieur de la pochette ouvrante de « New raceion » :

L’intérieur de la pochette ouvrante de « Dujang prang » (873/1000) :

« 2007 » sort en… 1999 ! L’album ouvre sur « This is city », un titre techno-industriel au rythme lourd qui annonce la couleur musicale de l’ensemble. Tantôt minimalistes, tantôt aux basses proéminentes, saupoudrés des cris et autres éructations d’Alan, les titres s’enchaînent, créant un climat de terreur, post-apocalyptique.

Les rééditions de 2018 :

Et c’est en 2007 que paraît « Station », qui va prolonger l’expérience bruitiste du précédent album. Le rythme répétitif est tout aussi écrasant, la mélodie en fond sonore désaccordée, la voix saturée d’Alan achevant cette cacophonie maîtrisée. Sur un rythme d’urgence, un album jusqu’au-boutiste, sans concession.

L’intérieur de la pochette ouvrante de « 2007 » (554/1000) :

L’intérieur de la pochette ouvrante de « Station » (243/1000) :

« Mutator », sorti en 2021, serait un album aux bandes égarées puis retrouvées, produit initialement dans les années 1995/1996. Certains titres font effectivement penser à des copies de travail en studio. La boîte à rythme, étrangement douce, permet de mettre en valeur les intonations de la voix de Vega.

2 pressages US :

La même année, c’est une session à plusieurs qui fait surface, intitulée « After dark ». Enregistrée le temps d’une nuit, en 2015, soit un an avant sa mort, avec Ben Vaughn, Barb Dwyer et Palmyra Delran, 6 titres émergent. La musique bluesy accompagne parfaitement la voix d’Alan, inspirée. Un autre très bon album.

En 2022 paraît « Live at Rockpalast 1982 », un concert très rock’n’roll avec un Alan en pleine forme. Exit les synthés, c’est guitare / basse / batterie. Le vinyl est accompagné du DVD du concert qui présente aussi une interview et une expo de ses sculptures.

Le disque avec son livret :

Extrait du livret :

Cette discographie reste incomplète : certains albums ne sont jamais sortis en vinyls, comme la BO du film « Sombre », et d’autres albums, telle la collaboration avec Ben Vaughn et Alex Chilton pour « Cubist blues », ou encore son dernier disque, « It », sont hors de prix.

A suivre : les maxis 45 tours.

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