Catégories
Hommage à Alan Vega

Suicide : les albums

Alan Vega, de son vrai nom Boruch Alan Bermowitz, naît le 23 juin 1938 à Brooklyn. Il suit des études d’art, et crée au début des années 70 une galerie d’art à Manhattan, dans laquelle il va organiser des happenings. Il est lui-même peintre. Entre autres, Television, les New-York Dolls, et Blondie se produiront dans sa galerie. Ainsi que le groupe Reverend B, dont le claviériste s’appelle Martin Rev. Avec ce dernier, il va fonder Suicide en 1971.

Alan Vega : « C’était globalement une époque pourrie et c’est pour ça que nous nous sommes appelés Suicide. Autour de nous, tout appelait à des pulsions suicidaires: le conflit vietnamien qui s’enlisait, la reprise en main par Nixon, New York qui s’endormait….. »

I – Les albums de Suicide

Album fondateur, à la fois du groupe, mais aussi d’un style musical, c’est le 1er album de Suicide, au nom éponyme, qui paraît en 1977. Dessus, il y a déjà tout ce qui fera leur succès, même si celui-ci restera limité à un cercle restreint underground. On commence par un des hymnes du groupe, à savoir « Ghost rider ». Martin Rev est aux claviers électroniques, tandis qu’Alan Vega chante ses propres textes. La musique est composée de beats répétitifs sur lesquels Alan, chante ou éructe, en fonction des titres. Entre punk et new-wave, un album incontournable.

Alan Vega : « A cette époque, Iggy et le Velvet ont été des influences décisives. Le Velvet, pour des raisons esthétiques, Iggy aussi, mais surtout pour ses prestations scéniques. Ils m’ont indiqué la voie à suivre, c’était comme une révélation soudaine. Ça ressemble à un cliché mais ces deux groupes ont orienté mon destin. »

Une édition pirate, en vinyl rouge :

En 1980, Suicide sort son 2ème album intitulé de leurs noms respectifs : « Alan Vega – Martin Rev ». Moins brouillon que le 1er, avec une meilleure qualité sonore, c’est un disque très froid. Mieux produit, par Ric Ocasek, la balance entre chant et musique est juste parfaite. Sur des titres comme « Mr Ray », l’orgue de Martin est lugubre et épouse avec justesse la violence du chant de Alan, qui même contenue, reste sous-jacente. Encore un très bon album, plus new-wave et moins punk.

Alan Vega : « Ric a vu Suicide au Rat de Boston vers 76 et est devenu immédiatement un de nos fans. Je me souviens l’avoir vu débouler, après le gig, un grand échalas brun avec quatre quidams. C’était les Cars. Depuis, entre Ric et moi, c’est une relation solide. C’est lui qui a proposé de produire le second Suicide. Tout d’un coup, il y avait du pognon investi sur nous, on enregistrait dans un gros studio, le Power Station. »

« Half alive » n’est d’abord édité qu’en cassette, et qu’aux Etats-Unis, en 1981. Heureusement, en 2003, cet opus fait l’objet d’une édition en vinyl. Pourquoi « Half alive » ? Et bien tout simplement car le disque alterne entre enregistrements studio, provenant de sources entre 1974 et 1979, et enregistrements live de concerts donnés en 1978. C’est assez déroutant car la qualité sonore varie d’un titre à l’autre, même si elle reste globalement bonne. Le critique américain Lester Bangs écrira à propos de ce disque « La musique de Suicide est réellement le son de la ville de New-York ». Et c’est effectivement le cas grâce à Martin qui soutient le chant écorché d’Alan avec sa musique urbaine et répétitive.

Au début des années 80, Martin Rev et Alan Vega partent chacun sur des projets solos. Il faut attendre 1986 pour voir paraître un live, uniquement en cassette et aux Etats-Unis, datant du 19 septembre 1981 au Walker Art Center de Minneapolis. L’album porte le nom de leur titre le plus célèbre : « Ghost riders ». Les textes écrits par Alan, souvent assez basiques, parlent de mort, de sexe, de drogue, et des USA.

Baby babe, it’s a long long time
I do it every day, and it’s just all fine
Rock ‘n’ roll is just like a drug
It’s killing my life, it’s killing my life


Le son est excellent, parfois saturé pour la bonne cause, et donne un excellent aperçu de l’expérience sonore de Suicide en concert. La musique électronique répétitive de Martin crée comme un effet de transe auquel Alan répond en poussant des cris, vociférant, parlant et même chantant !

L’édition vinyle de 2012, en pressage US :

En 1988, le producteur Ric Ocasek remet le couvert pour le nouvel album de Suicide, intitulé « A way of life ». Il avait déjà excellemment bien produit l’album précédent, et c’est encore ici le cas. Pour rappel, Ric Ocasek, c’est notamment le chanteur du groupe The Cars qui a eu un grand succès avec son titre « Drive » dans les années 80.
L’album est varié, et comprend une reprise du rockabilly « Juke box babe » (un titre solo de Alan Vega datant de 1981), le calme « Surrender », et des plages plus vitaminées telles que « Wild in blue », « Devastation » ou encore « Heat beat ».

Le test pressing de « A way of life » :

En 1992, « Why be blue » ne sort qu’en CD, et il n’y a curieusement aucune édition vinyl, même tardive.

Il faut ensuite attendre 10 ans pour la sortie de l’ultime album de Suicide, intitulé « American supreme ». C’est pour moi un disque en demi-teinte. On retrouve sur certains titres, comme « Death machine » ce qui a fait le succès du groupe, à savoir des beats puissants, une électronique rageuse, et un Alan écorché. Et sur d’autres titres, Martin s’essaie à la jungle, et le résultat est complètement brouillon et ne colle pas au phrasé d’Alan.

« Attempted : live at Max’s Kansas city 1980 » est comme son nom l’indique un live datant de 1980, et qui ne sort en double vinyl qu’en 2004. Le son bien que moyen, donne une excellente représentation de ce qu’est un concert de Suicide. Alan attise la foule et certains concerts, comme celui en ouverture des Clash, finit en émeute.

Alan Vega : « Je m’en souviens : les premiers rangs me balançaient toutes sortes d’objets. Mais je ne me suis pas dégonflé, j’ai riposté avec mon pied de micro. C’est pas moi que ces petits merdeux allaient effaroucher. Il se passait plein de choses bizarres avec le public. D’un côté j’avais un gros succès, de l’autre on me crachait dessus. »

La pochette ouvrante de « Attempted : live at Max’s Kansas city 1980 » :

C’est en 2017 que nous allons encore plus remonter le temps, puisque paraît « First rehearsal tapes », une compilation des tout débuts de Suicide qui contient des enregistrements de 1975 faits dans la galerie d’Alan Vega. Contre toute attente, le son est très bon, et ces tous premiers enregistrements sur cassettes nous permettent de découvrir un Suicide plus expérimental. Tout est là, mais plus contenu, plus carré aussi : l’orgue Farfisa angoissant de Martin, les beats électroniques sinistres, la voix posée, parfois chuchotée, sépulcrale avec écho d’Alan. Ce sont les prémices de la new-wave, dont s’inspireront notamment des groupes tels que Soft Cell, ou Psyche.

Alan Vega : « Tout d’un coup, il y a eu toute une vague de groupes qui ont pompé notre formule, les Soft Cell, Depeche Mode, Eurythmics et compagnie… Ils se faisaient des couilles en or pendant que Suicide continuait de crever la dalle. Tous ces groupes n’étaient que pâle resucée, copiaient notre son mais en l’affaiblissant, en le rendant complètement inoffensif. S’ils avaient été aussi forts et intéressants que Suicide, j’aurais pensé « OK, normal. » Mais là, avec tous ces vulgarisateurs, ça foutait les boules. On se dit que ce n’est pas très juste : on sème et ce sont les suiveurs qui récoltent. C’est plus une question de reconnaissance que d’argent. »

A droite, l’insert joint au disque :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *