Fan de longue date, c’est une collection complète que je vais vous présenter : albums et maxis.
I – Les albums
C’est dès 1969, à l’âge de 22 et 23 ans, que Florian Schneider et Ralf Hutter s’associent pour fonder le groupe Organisation, et sortir leur 1er album « Tone Float ». Ils sont aidés en cela par d’autres musiciens, et surtout par celui qui deviendra leur producteur attitré sur 4 albums de Kraftwerk : Conrad Plank. L’album ne sort qu’en Angleterre, et y rencontre peu de succès. La musique « choucroute », autrement dite « Krautrock » n’est pas encore très connue outre Rhin.
C’est un disque qui propose un mélange d’expérimentations sonores, plutôt destructurées, avec des instruments classiques (basse, batterie, triangle, tambourin, cloches…). Le titre éponyme de l’album occupe toute la 1ère face pour 20 minutes tantôt calmes, tantôt rythmées et parfois plus élaborées. C’est à mi-chemin entre l’improvisation et les partitions, avec des accents jazzy. Si l’album manque de linéarité, il est loin d’être mauvais.
Sur la photo, c’est une réédition pirate, l’original, jamais réédité officiellement, coûte une blinde ! Compter 1500 € sur Discogs. Perso, je l’avais trouvé auprès d’un particulier il y a plus de 15 ans de ça, et déjà à 600 € à l’époque, trop cher pour ma bourse.
Un détail anodin au dos de la pochette de « Tone Float » : un cône rouge de chantier…

1970, c’est l’année de leur album suivant, mais cette fois-ci sous le nom qui deviendra célèbre dans le monde entier : « Kraftwerk ». Et c’est aussi le titre de l’album. Florian et Ralf étant des musiciens de formation classique, cela s’entend : Florian joue principalement de la flûte et du violon; Ralf, de l’orgue. Seulement 4 titres, mais beaucoup plus personnels et originaux que sur « Tone Float ». On se rapproche par moments de la musique industrielle, leur univers, puisqu’ils vivent tous deux à Dusseldorf, dans la région de la Ruhr. Kraftwerk est un nouveau groupe qui s’impose d’ores et déjà au milieu de ses concurrents : Can et Tangerine Dream, entre autres.
L’intérieur de la pochette ouvrante du pressage allemand :

La réédition pirate couleur en 2015, avec son insert reprenant la pochette :

Il existe un document vidéo tout à fait exceptionnel : l’enregistrement de l’un de leurs 1ers concerts, devant un public médusé.
1972, c’est l’année de leur 2ème album, logiquement intitulé « Kraftwerk 2 ». On continue dans les expérimentations sonores, dans la lignée de l’album précédent. Le 1er titre, « klingklang » deviendra plus tard le nom de leur studio à Dusseldorf. Il est d’ailleurs curieux que Ralf et Florian aient conservé ce nom, puisqu’ils ont plus ou moins renié leurs 3 premiers albums, notamment en rachetant les droits de diffusion, afin qu’ils ne soient plus jamais réédités.

L’année suivante, c’est « Ralf and Florian » qui voit le jour et qui forme un quasi triptyque avec les 2 précédents albums, sauf que là nos 2 protagonistes affirment leur identité. Le producteur, c’est encore Conny Plank, qui va travailler avec nombre de groupes célèbres, ou en devenir : Neu!, DAF, Eurythmics, Les Rita, Einsturzende, etc… La pochette est signée Emil Schult, qui sera par la suite l’un de leurs proches collaborateurs, notamment pour le visuel de leurs concerts. L’album va bien se vendre, mais ça reste encore une musique élitiste, déconnectée du quotidien, contrairement à l’album suivant…
L’intérieur de la pochette ouvrante allemande de « Kraftwerk 2 » :

1974, c’est l’année du début de leur reconnaissance internationale, avec le superbe « Autobahn ». C’est aussi le 1er concept album d’une longue série. L’ajout de percussions électroniques grâce au nouveau membre, Wolfgang Flur, transforme leur musique, en la rendant beaucoup plus mélodieuse et surtout mieux construite à partir de rythmes répétitifs. On perd en improvisation, ce que l’on gagne en homogénéité. L’ajout de paroles rend aussi la musique de Kraftwerk plus accessible, en lorgnant vers la pop.

L’édition 2020 en vinyl couleur et avec livret photos :




En 1975, après l’autoroute, c’est la radio qui est mise à l’honneur, grâce à « Radioactivity ». Cette fois-ci, c’est tout l’album qui est consacré au thème. Le titre éponyme est juste magique et va définitivement imposer Kraftwerk sur les ondes radiophoniques. En France, Jean-Loup Lafont sur Europe 1 en fait le générique de son émission. Karl Bartos est le nouveau membre et va épauler Flur aux percussions. C’est aussi le 1er album sans Conny Plank à la production. Les titres s’enchaînent pour un voyage musical exceptionnel : Kraftwerk a définitivement trouvé son style.
L’édition 2020 de « Radioactivity », avec vinyl couleur et livret :




« Trans Europe Express » sort en 1977. Ce sont les mêmes musiciens que sur le précédent album, mais leur son continue à évoluer pour aboutir au sublime titre éponyme, qui sera par la suite samplé par de nombreux DJ, notamment à Detroit, et deviendra entre autres la base de la techno. Et c’est aussi, en pleine vague punk, les prémisces de la new-wave. « Trans Europe Express » est le premier album du groupe chanté en allemand, en anglais et en français, en fonction des éditions des différents pays. Il y a dorènavant clairement une volonté de sortir hors des frontières allemandes, et toucher un public européen. C’est mon album préféré, même si j’aime énormément le reste de leur oeuvre. Leur musique se fait aussi de plus en plus dansante, à l’image de la chanson « Les mannequins » :
Eins, zwei, drei, vier Nous sommes immobiles Dans la vitrine Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins On nous observe Nous sentons vibrer notre pouls Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins Nous regardons alentour Et nous changeons de pose Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins Nous commençons à marcher Et nous brisons la glace Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins Nous faisons quelques pas A l'intérieur de la ville Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins Nous rentrons dans un club Et commencons à danser Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins Nous sommes les mannequins...

La réédition 2020 avec vinyl couleur et livret photos :



Après le thème du train, en 1978, Kraftwerk s’attaque à un sujet qui va leur coller à la peau : les robots. L’album « Die mensch maschine » ou « L’homme machine » en français va faire un carton, avec notamment les singles « The robots » et « The model ». Kraftwerk est alors à l’apogée de sa créativité, de son perfectionnisme, et de son image. Sur la photo du haut, c’est le pressage allemand, avec les chansons chantées en allemand, et sur la photo du bas, l’édition française couleur de 1978, avec les textes chantés en anglais :

L’édition 2020, en couleur et avec livret photos :




En 1981, ce sont les ordinateurs qui sont à l’honneur dans « Computer world ». On retrouve la même recette que dans les 2 précédents albums, à savoir : une version anglaise et une version allemande, Bartos et Flur aux percussions, textes simples chantés au vocoder par Hutter, musique 100 % électronique. L’album est un peu moins varié dans ses sons que ne l’était « The man machine », mais ça reste un excellent album. Même s’il y a un léger essoufflement perceptible à la sortie de « Computer world », plus aussi novateur, c’est surtout le début des années 80 qui rattrape les sonorités de Kraftwerk, avec l’explosion de la new-wave et ses synthés de plus en plus abordables financièrement.

En 2020, la réédition couleur de l’album avec livret photos, ici la version allemande :


Il va falloir attendre 5 ans pour que le nouvel album sorte : « Electric Café » paraît en 1986. Honnêtement, c’est un disque que je n’ai pas aimé à l’époque, car surproduit par François Kevorkian. Egalement, beaucoup moins de mélodies au profit de rythmes omniprésents. L’absence de thème clair a aussi été un frein pour moi. Et cependant… à force de l’écouter, j’ai appris à l’apprécier. Les sons sont nets, précis, et tout est arrangé à la perfection, un peu comme si chaque note avait son importance dans la construction du morceau. Kraftwerk a rompu la continuité des précédents albums, pour s’ouvrir à une musique plus abstraite.
L’intérieur de la pochette ouvrante de « Electric Café » :

A l’origine, l’album devait s’appeler « Technopop », mais a été retardé, pour sortir 3 ans plus tard sous le nom d’Electric Café.
Extrait de « Le mystère des hommes-machines », par Pascal Bussy : « Technopop était tiré d’une description de la musique faite par Paul Alessandrini (le titre initial était en réalité « Technicolor », mais le nom étant déposé, il ne pouvait être utilisé) ».
En 2020, la réédition couleur de l’album avec livret photos, ici la version allemande, et avec le nom d’origine :




Ralf Hutter et Florian Schneider sont des fans de cyclisme, et pratiquent tous les 2 assidument le vélo. Donc, rien d’étonnant à ce que leur passion commune devienne d’abord l’objet d’un single en 1983, puis beaucoup plus tard, le fruit d’un album en… 2003, soit 20 ans plus tard ! C’est un grand plaisir de les retrouver avec un concept album dénommé « Tour de France soundtracks ». C’est un thème qui les a visiblement inspirés, avec une musique qui à défaut d’être révolutionnaire, est très bien produite. Cet album très agréable, dont les morceaux s’enchaînent parfaitement, va permettre au groupe de revenir sur le devant de la scène. C’est leur 10ème album et malheureusement le dernier. Kraftwerk se contentera alors de donner des concerts. Karl Bartos et Wolfgang Flur avaient déjà quitté le bateau après « Electric café », tandis que Florian Schneider s’arrête à son tour en 2008.

L’édition 2020 de « Tour de France soundtracks avec vinyls couleurs, et livret photos :




Suite à la tournée 3-D, 2 albums live paraissent en 2017, l’un en anglais, l’autre en allemand. On retrouve les titres incontournables du groupe, parfois réarrangés, qui reprennent des extraits de leurs 8 albums, à partir d’Autobahn.

L’intérieur de la pochette ouvrante de « 3-D » :

D’autres albums live voient aussi le jour : en 2005, « Minimum maximum » avec 4 vinyls et en 2016, « 3D – Der catalog » en 9 vinyls. Ils valent chacun une blinde et du coup, je ne les ai pas.
