Suite au décès à cause du Coronavirus, le 3/05/20, de Dave Greenfield, le claviériste du groupe, je vous propose de vous faire découvrir les années 70 et 80 du groupe The Stranglers. Il s’agit de la période avec le chanteur Hugh Cornwell sachant que ce dernier quitte le groupe en 1990, avant d’être remplacé par Paul Roberts.
I – Les albums
Les Stranglers se forment en 1974 en Angleterre : Hugh Cornwell au chant, Jean-Jacques Burnel à la basse, Jet Black à la batterie, et Dave Greenfield au clavier. Ils ont du mal à trouver une maison de disques, et ce n’est qu’en 1977, en pleine vague punk, qu’ils sortent enfin leur premier album : IV Rattus Novergicus.
C’est un très bon premier album, très énergique, surtout à cause du chant de Cornwell. Les claviers, joués par le seul musicien professionnel du groupe, apporte un son différent des groupes punks du moment, et évite le côté souvent amateur de la concurrence. Des morceaux tels que « Sometimes », « Hanging around », « Peaches » avec son intro superbe et de suite reconnaissable, ainsi que le long et excellent « Down in the sewer » vont permettre à l’album de très bien se vendre en Angleterre. La pochette, très gothique, les place aussi à part dans le mouvement punk.

L’intérieur de la pochette gatefold de « IV Rattus Novergicus » :

Du coup, la même année, c’est déjà l’heure de leur second album : « No more heroes ». Il a en fait été partiellement enregistré en même temps que « IV Rattus Novergicus ». Le producteur de ces 2 albums, c’est Martin Rushent, bien connu des amateurs de new-wave, puisqu’il produira aussi le groupe « The Human League ». Et donc pas étonnant aussi que les claviers soient bien mis en avant. L’album est donc la continuité du précédent, on retrouve d’ailleurs le rat sur l’insert dans la pochette, avec en titre phare « No more heroes ».
L’insert recto/verso présent dans « No More Heroes » :

Une vidéo assez hallucinante de leur passage à Top of The pops, où Jean-Jacques mime Hugh au chant, et où Jet joue de la batterie comme personne… D’ailleurs les caméras ne savent plus trop bien qui filmer… Seul Dave est imperturbable !
En 1978, les Stranglers sortent déjà leur 3ème album en l’espace de 2 ans : « Black and white ». C’est toujours Martin Rushent aux manettes. Mais le disque présente moins de morceaux évidents contrairement aux 2 précédents. « Nice’n’sleazy » se détache très nettement. Il y a aussi « Toiler on the sea », très entraînant. Et mention particulière au très sombre « Death and night and blood » dans le style du « Nightclubbing » d’Iggy. Avec une pochette bien évidemment en noir et blanc.

L’édition couleur pour l’Angleterre de « Black and white » :

En 1979, sort leur 1er album live, intitulé « Live x cert ». Les morceaux changent pas mal en concert par rapport aux versions studio. Le disque regroupe plusieurs concerts, donc on perd un peu en unité de son, et en enchaînements, c’est dommage. C’est quasiment une compilation, puisqu’on va retrouver pas mal de titres du groupe qui ont contribué au début de leur succès. Les Stranglers avaient alors pour réputation d’être un très bon groupe de scène, avec quasiment à chaque fois (comme tous les autres groupes punks de l’époque), une bagarre générale dans la salle. L’album se clôt sur l’excellent morceau rock « Go, Buddy go ».
L’intérieur de la pochette ouvrante de « Live x cert »

Toujours en 1979, sort « The raven ». Cet album est co-produit par Alan Winstanley, producteur entre autres de Madness et Bowie, et les Stranglers eux-mêmes. Les chansons s’inspirent principalement des pays visités lors de leurs différentes tournées. Le disque est enregistré en France.
Hugh Cornwell : « L’essentiel de la musique que nous écrivons est très nihiliste, c’est presque une hystérie dadaïste pour détruire toutes les formes de musique et créer quelque chose à partir des petits morceaux. Toute la black side de l’album Black and White est comme ça. C’est comme si nous avions pris les chansons, les avions brisées en miettes et créé quelque chose de neuf à partir de là. Et sur notre nouvel album nous avons développé encore davantage cette idée ».
L’album sort avec une pochette en 2 versions : la normale (à gauche) et celle de toute beauté avec effet 3D (à droite).

En 2004, on a droit à une réédition en picture disc, limitée à 2000 exemplaires.
Jean-Jacques Burnel : « Si l’on évoque Hugin et Munin, les corbeaux d’Odin dans la mythologie viking, ce sont les plus grands des corvidés, et les plus forts. Ce sont eux qui rapportent à Odin ce qui se passe dans le monde: ils sont ses yeux. Raison pour laquelle je les ai pris comme symbole. »

1980 : Les Stranglers entament la nouvelle décennie avec un album plutôt étonnant, puisque c’est un concept album, nommé « The gospel according to the men in black ». Le thème est plutôt tordu : la théorie du conspirationnisme, mélangée avec celle de l’existence des aliens, et le tout relié à la bible. Il est à noter que le terme « Men in black » correspond à un titre expérimental issu de leur album précédent « The raven ».
L’album s’ouvre sur un instrumental électronique et enlevé, façon valse d’antan (« Waltzinblack » ), explore quelques territoire sonores (« Manna machine » ), et quitte définitivement le punk. On a l’impression que les Stranglers se cherchent leur nouveau style, tout en lorgnant sur la new wave alors en plein boum.

L’intérieur du gatefold de « The gospel according to the men in black » :

En 1981, sort leur 6ème album : « La folie ». Il contient le titre incontournable du groupe : « Golden brown ». Un slow au rythme enivrant qui va contribuer à leur célébrité mondiale. Et le clavier de Dave y est pour beaucoup ! On trouve aussi le titre éponyme de l’album : un morceau lent, très noir, avec un texte dit en français par Jean-Jacques Burnel; normal, car il est français. Et ça raconte une histoire qui avait défrayée la chronique en son temps, à savoir un japonais qui avait tué sa petite amie pour la… manger !
Jean-Jacque Burnel : « Issei Sagawa a d’ailleurs fait une carrière sur le thème du cannibalisme à la télévision japonaise. Cela n’a pas eu une grande influence sur moi heureusement ! (rires) »
C’est un très bon album, avec Tony Visconti, le producteur notamment de David Bowie, aux manettes.
1982 : J’ai 14 ans et voici « Feline », l’album qui m’a fait basculer dans l’univers des Stranglers. C’est un album new-wave, dont tous les titres sont mixés par Tony Visconti. Il y a une très belle unité entre les morceaux, et vu que c’est un album très calme, il n’a pas toujours plu aux fans de la 1ère heure. Le titre phare, c’est « Midnight summer dream », une très belle ballade. La pochette est juste magnifique ! En Angleterre, l’album sort avec un 45t bonus qui propose un seul et unique titre : « Aural sculpture ». Ben, tien, le nom de l’album suivant…

C’est en 1984 que sort « Aural sculpture », leur 8ème album. Celui-ci change encore de tempo pour lorgner vers la pop, grâce à l’ajout de cuivres. Les Stranglers n’ont semble-t-il pas décuvé d’une longue nuit blanche; pour preuve ce manifeste en français sur l’insert : « (…) Les musiciens de notre temps sont des putains et des charlatans, qui se servent de la science sans être des scientifiques et abusent de l’art sans être des artistes. Nous témoignons l’état de la musique. Ainsi soit-il. » Et ça continue comme ça dans le délire… pour tenter d’expliquer ce qu’est « l’aural sculpture ».
Le très bon titre « North winds blowing » sort du lot, mais je trouve l’album assez bancal et surtout peu original.
En 1986, les Stranglers renouent avec le succès grâce à leur album « Dreamtime » et notamment le titre « Always the sun ». C’est un album dans la continuité du précédent, plus pop, et selon moi plus réussi. Le thème de l’album est la défense des droits des aborigènes d’Australie, « Dreamtime » étant une de leur croyance. Un texte en anglais, peu clair, figure à l’arrière de la pochette pour expliquer cette prise de position.

L’année suivante, un nouvel album live sort. Il s’intitule « All live and all of the night » en référence à l’inédit qui figure dessus (et qui est étrangement une version studio) : « All day and all of the night ». C’est un très bon morceau rock, reprise des Kinks, qui m’a toujours fait penser au « Harley david son of a bitch » de Gainsbourg.
C’est dommage qu’une fois de plus ça soit des extraits de concerts, dont le Zenith de Paris, et pas un concert complet. Cependant il y a beaucoup d’énergie, une excellente sélection de titres et un très bon son.
Sur la photo du haut, c’est le pressage US avec une pochette totalement différente du pressage européen.

Et ci-dessous, l’intérieur de la pochette ouvrante du pressage européen :

1990 : c’est l’année de leur dernier album, période Hugh Cornwell. « 10 », le nom de l’album, est également leur 10ème album. Sur la pochette, on peut voir tous les membres du groupe déguisés en politiciens et religieux de l’époque. On ne va pas se mentir : l’album est plutôt faiblard. « 96 tears » est un des morceaux les plus agréables à l’écoute et sortira en single, le reste…
C’est Roy Thomas Baker qui produit l’album, pourtant un habitué, puisqu’il a notamment travaillé avec Queen. Mais là, c’est plutôt un gloubi boulga sonore assez indigeste. Heureusement, les Stranglers repartiront du bon pied, suite à l’arrivée du nouveau chanteur, Paul Roberts, pour l’album suivant en 1992, mais c’est une autre histoire…

En Angleterre, histoire de gonfler les ventes, un picture disc est édité.
