Rachid Taha est né en Algérie en 1958. Il immigre en France avec ses parents en 1968. Puis en 1980, il fonde le groupe « Carte de Séjour » avec Moktar Amini, Mohammed Amini et Jérome Savy.
I – Carte de séjour
Leur premier album sort en 1982 et s’intitule « Rhorhomanie ». Il s’ouvre d’ailleurs par le titre éponyme.
L’album est produit par Steve Hillage. Ce dernier est notamment connu pour avoir fait partie du groupe Gong, ainsi que son métier de producteur. En effet, il produira nombre d’artistes dans les années 80 : Simple Minds, Cock Robin, Real life. Puis dans les années 90, essentiellement Rachid Taha ! Steve Hillage est aussi musicien : guitariste, bassiste et claviériste. Autant dire que son influence est souvent importante lorsqu’il participe à un projet.
Les textes de Carte de Séjour sont majoritairement orientés, comme l’indique le nom de leur groupe, vers la défense des immigrés vivant en France. Et ce avec beaucoup d’humour. Par exemple, la chanson « Désolé » raconte l’impossibilité d’obtenir un appartement pour un immigré ou fils d’immigré, en narrant un par un tous les documents administratifs demandés, mais à chaque fois, il en manque un ! Extrait : « On est disoli, faut être françi ».
A noter que les textes sont aussi écrits en arabe sur la pochette intérieure.
Il y a déjà de très bons titres sur ce 1er album, et je pense que la production de Steve Hillage y est pour beaucoup. Rachid Taha assure tous les chants ainsi que les « backing vocals ». La présence de l’oud ajoute le côté oriental indispensable. Mes titres préférés sont « Rhorhomanie » (qui sera repris plus tard par Rachid en solo), « Chems ou nejma », « Ouadou » et « Mirage », soient les titres les plus musicalement arabisants.

En 1986, Carte de Séjour sort son 2ème et (déjà !) dernier album : 2 1/2. C’est un album plus mature que le 1er, moins rock. Il est produit par Nick Patrick. Ce dernier a produit des artistes aussi divers qu’Alain Bashung, Mory Kante, Alain Souchon, les Gipsy Kings, Pascal Obispo… La présence une fois encore de l’oud, mais aussi du kanoun et du darbouka donnent un son encore plus oriental que le 1er album.
Les textes sont beaucoup plus graves, à l’image de « Saada » :
Au milieu de l'océan
Je ne veux ni échouer
Ni m'échouer
Le vent a amené les vagues
Au bout de mes doigts
L'océan est un grand miroir
Ou mon ombre se meut
Le blanc et le noir me rappellent
Cette nuit-là
Les rêves me narguent
Je ne veux ni échouer
Ni m'échouer
Silence me crie une voix
Je scrute l'horizon
Elle est loin de moi
La mer m'a emportée
Et m'a couvert de son aile
Je ne veux ni échouer
Ni m'échouer…
C’est l’album de la reconnaissance, grâce à son tube : « Douce France », titre repris de Charles Trenet.
A gauche, le pressage du commerce, et à droite le test pressing de « Ramsa » :

Seulement 2 albums, mais une compilation sort en Allemagne en 1987. Et son titre lui va comme un gant : « Ramsa, arab soul rebels ». C’est l’occasion de réentendre leurs tubes « Douce France » et « Rhorhomanie », mélangés avec une sélection de chansons issues des albums.
En 1982, c’est leur tout 1er maxi qui sort. Il contient 4 titres :
- Halouf nar : un morceau assez rock.
- Zoubida : un manifeste contre le mariage forcé des jeunes musulmanes. C’est ce que j’aime chez Rachid Taha : le fait qu’il dénonce d’un côté les inégalités sociales, mais aussi son regard sans concession sur ses propres origines.
- Saâmou : un titre excellent avec une très bonne rythmique.
- La moda : titre anecdotique qui clôt ce disque.
Il est à noter qu’aucun de ces titres ne figure sur l’album « Rhorhomanie ».

En 1984, c’est « Rhorhomanie » qui a droit à une édition maxi dans 2 versions : une extended en face A, et une version dub en face B. Le titre est excellent et léger. « La rhorhomanie, c’est la danse d’aujourd’hui », martèle Rachid Taha durant 7’30 ». La version dub, de la même durée, est très agréable et d’après moi meilleure que l’extended, car plus instrumentale.
En 1986 sort le « tube » du groupe : Douce France qui est la reprise de la chanson de Charles Trenet. Et si c’est grâce à ce titre que, comme beaucoup, j’ai découvert Carte de Séjour, je dois avouer que je n’ai jamais aimé ce titre, même si j’apprécie son second degré. Second degré, non pas par ses paroles, mais vu les origines de ses interprètes.
Sur ce maxi, c’est une version de 5″35″ qui n’apporte pas grand chose au titre. En face B, l’agréable « Remitti » que l’on retrouvait déjà sur l’album.

En 1987, sort un second maxi, issu comme Douce France, de l’album « 2 1/2″ : Ramsa, dans une version longue de 6″30 ». En face B, « This is a raï song » et « Ramsa » en version remixée. C’est un excellent titre, avec la percussion bien mise en avant.
C’est le dernier single du groupe.
